Gastronomie

Published on février 27th, 2021 | by Isabelle Karamooz, Founder of FQM

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Offrez-vous une Expérience Culinaire à la Française chez Mon Ami Gabi (Casino de l’Hôtel Paris – Las Vegas)

Mon Ami Gabi est un bistrot français classique situé au Paris Resort and Casino sur le Strip de Las Vegas. “Gabi” désigne le propriétaire et chef Gabino Sotelino. Depuis l’ouverture du premier restaurant en juin 1998 à Chicago, le bistrot s’efforce de servir des plats traditionnels français dans un cadre qui vous donne l’impression d’être en plein cœur de Paris. Préparez-vous à faire exploser vos papilles gustatives avec toutes sortes de saveurs différentes vous rappelant certains de vos plats français préférés comme la soupe à l’oignon gratinée, le pâté campagnard, les escargots, le bœuf bourguignon, la truite amandine, la crêpe, la quiche et, bien sûr, le steak frites qui est un impératif absolu. Impossible de passer à côté des desserts comme la délicieuse tarte tatin aux pommes et les savoureuses Profiteroles.

Les Profiteroles. Crédit Photo : Mon Ami Gabi

C’est un de mes restaurants préférés, et une visite incontournable s’impose chaque fois que je sors sur le Strip de Las Vegas. Que ce soit le petit-déjeuner, le brunch, le déjeuner ou le dîner, c’est toujours le bon moment pour s’arrêter chez Mon Ami Gabi.

Crédit Photo : Mon Ami Gabi

French Quarter Magazine s’est récemment entretenu avec Vincent Pouessel, le Chef Exécutif de Mon Ami Gabi qui a rejoint la famille Lettuce Entertain You en 2016. Au fil d’une conversation de plusieurs heures, Vincent nous a parlé de son parcours, de la discipline culinaire qu’il a acquis auprès d’autres chefs, des personnes qui ont eu un impact énorme sur lui, de l’importance de celui qui vous aide à repousser vos limites, de sa passion pour la cuisine et son inspiration, tout cela nous le retrouvons dans le menu de Mon Ami Gabi. A la fin de l’entretien, il nous a confié aussi son état d’esprit depuis la pandémie.

La Fondatrice et Rédactrice en chef, Isabelle Karamooz, et le Chef Exécutif, Vincent Pouessel.
Crédit Photo : Collection de French Quarter Magazine

Comment vous est venu le goût de la cuisine ?

Comme beaucoup de chefs et beaucoup de gens qui travaillent en cuisine, je pense que cela remonte très loin à l’enfance, simplement et même indiscutablement, de ma grand-mère maternelle. En Bretagne, elle avait une petite affaire et faisait des galettes de sarrasin et des galettes de blé noir.

Avait-elle une crêperie ?

Oui, ce n’était pas vraiment une crêperie dans le sens où nous n’y avions pas de clients. C’était plutôt un local de production où elle faisait de la galette qu’elle allait distribuer  dans les commerces. Elle les vendait à emporter ou bien elle les livrait à domicile,  mais elle ne possèdait pas de restaurant.

C’étaient des galettes natures que l’on pouvait tartiner à volonté chez soi…  

A l’époque en Bretagne,  c’était une chose assez répandue : les gens allaient à la boulangerie ou chez leur marchand de fruits et légumes où ils pouvaient toujours trouver une pile de galettes qu’un artisan local avait préparée. Les clients commandaient ou prennaient 6,10 ou 12 galettes.

Cela remonte à quelle année à peu près ?

C’était dans les années 70-80. Ma grand-mère faisait des galettes tous les jours. Je me souviens des odeurs, des arômes et, éventuellement au fil des années, je donnais un petit coup de main à plier les galettes, à les envelopper par paquets de douze, ainsi de suite. Nous avions également une cuisinière qui préparait des plats, des recettes pour le dîner journalier de la famille et donc j’étais toujours, plus ou moins, exposé à la cuisine.

Est-ce que c’était  pendant les vacances, au quotidien ou  les week-ends ?

Surtout au quotidien ! Quand je rentrais de l’école, il y avait toujours un plat qui mijotait dans la cuisine et les parfums, les odeurs, les assemblages de produits travaillés, les oignons, les échalotes qui brunissaient dans du beurre pour faire une longue sauce madère… J’étais vraiment exposé au quotidien quand j’étais enfant.

Pas uniquement  des crêpes alors ?

Beaucoup de cuisine du terroir, il s’agissait de pot-au-feu, de poule-au-pot, de mets qui cuisaient pendant une bonne partie de la journée donc cela embaumait délicieusement la maison.

Votre grand-mère habitait-elle près  de chez vous ?

Elle habitait chez nous, chez mes parents. Elle faisait la cuisine pour toute la famille. Ce fut précisément le tout premier déclic, sans forcément que je m’en rende compte à l’époque, puisque ce n’était pas très ancré dans mon esprit de me dire que j’allais devenir cuisinier. 

Pouvez-vous nous citer un souvenir marquant peut-être ?

Oui, ma grand-mère était la championne des madeleines. Elle faisait des madeleines qui étaient absolument invraisemblables. J’ai gardé évidemment cette recette et bien d’autres encore, des choses très simples à faire avec de bons produits provenant de Bretagne, des produits de crémerie donc du bon lait, du bon beurre. A la ferme dans mon village, nous allions chercher le lait, j’oserais même dire, presque à la sortie du pis de la vache,  du lait qui avait été tiré quelques heures avant. J’ai des souvenirs précis de ma grand-mère qui faisait bouillir le lait pour récupérer la crème sans que nous ayons vécu au moyen-âge évidemment (rire). 

Bouillir le lait mais pour quoi faire exactement ?

Pour récupérer la crème ! Nous utilisions la crème pour toutes sortes d’applications que ce soit pour des sauces ou pour mettre dans des pâtisseries, ou bien  dans son café… C’était purement de la crème fraîche récupérée à partir du lait entier non pasteurisé de la ferme du village. 

J’ai goûté à votre délicieuse tarte tatin.  Est-ce une recette de votre grand-mère ?

Non, pas directement parce qu’elle faisait une tarte aux pommes qui était une variante légèrement différente mais c’est la recette d’une de mes tantes qui était plutôt apte à faire de bonnes tartes tatin. Ici, à Las Vegas, étant donné que nous sommes un bistrot français, la tarte tatin fait vraiment partie du menu depuis le jour où le restaurant a ouvert il y a 20 ans. Chez Mon Ami Gabi, la tarte tatin, c’est le dessert classique par excellence. 

Peut-on trouver alors les madeleines de votre grand-mère au restaurant ?

En effet, nous les faisons, de temps en temps, sur demande spéciale. C’est à vrai dire le dessert secret du restaurant. La plupart des serveurs savent que j’ai toujours un sac d’appareils à madeleines, plus ou moins prêt dans la cuisine. Donc il suffit qu’il y ait un client qui les ait appréciées et en fasse la demande pour que l’on parte au quart de tour. Cela ne prend que six minutes à cuire.

Les Madeleines. Crédit Photo : Mon Ami Gabi

Est-ce la recette des vraies madeleines de Proust ? Avec une petite touche de citron ou zest d’orange ? 

Oui, pour de vrai, avec du beurre salé et du zeste de citron. Nous n’allons pas révéler tous les secrets bien sûr mais ma grand-mère mettait un peu de zeste de citron parce que c’était l’agrume le plus commun.  Chez Mon Ami Gabi, nous mettons un peu de zeste de citron vert car je trouve que ça amène de la fraîcheur. C’est légèrement différent d’un citron jaune mais le citron vert apporte une petite touche d’exotisme à la madeleine. Mais pour clore le sujet, l’essentiel c’est vraiment que la  madeleine soit cuite dans un moule à madeleine pendant six ou sept minutes. La bosse de la madeleine doit vraiment être proéminante, c’est en fait tout le secret de la madeleine ! Elle doit être mangée chaude, tiède et à la sortie du four. Nous faisons un petit pliage avec une serviette, nous la servons avec un léger filet de sauce chocolat pour la tremper dedans et ça c’est la “décadence” par excellence. 

Comment fait-on pour être accepté en tant que chef chez Mon Ami Gaby ?

Pour moi, c’est venu assez naturellement du fait que le restaurant est implanté à Las Vegas depuis plus de vingt ans, juste au même moment où je me suis installé ici. Egalement grâce à mon parcours et à ma formation dans un lycée hôtelier en Bretagne (lycée hôtelier classique et catholique assez rigide), j’avais des soeurs comme professeurs qui m’ont donné de bonnes bases (que je ne renies surtout pas). Il y avait énormément de rigueur et beaucoup de discipline. Le taux de succès des jeunes qui suivaient cette formation dans ce lycée hôtelier était élevé. Par la suite, ces jeunes ont eu une carrière assez exceptionnelle pour la plupart. J’ai encore pas mal de relations et de contacts avec des personnes avec qui j’étais au lycée hôtelier et la plupart ont bien réussi aujourd’hui et ont tous eu de très belles carrières. C’est, en même temps, une forme de fierté parce que c’est le milieu dans lequel j’ai été élevé, voilà tout simplement.  

Cette éducation vous à formé à être un chef discipliné et rigoureux dans votre travail. Ensuite vous êtes parti à l’étranger, vous êtes arrivé à Las Vegas en 2001 ?

Je pense que je cherchais quelque chose de différent, comme tous les jeunes qui s’expatrient, j’avais 30 ans,  j’étais à Paris et ’il y avait cette espèce de bien-être, de facilité… j’avais un bon travail, je travaillais sur la tour Eiffel au Jules Verne donc je n’avais vraiment pas de raison de m’en aller ou de quitter Paris sauf que je cherchais je pense quelque chose d’exotique.

Finalement vous avez retrouvé une autre tour Eiffel…

Un jour, dans le milieu des années 90, j’ai vu débarquer un chef dans la cuisine au restaurant Jules Verne. C’était le chef Jean Joho. Pour tout vous dire, c’est le chef qui tient actuellement le restaurant de la tour Eiffel ici à Las Vegas au Paris Hotel. Jean était un ami d’Alain Rex, le chef qui tenait à l’époque le restaurant Jules Verne de la tour Eiffel à Paris. Il venait, en fait, s’imprégner de ce qu’était le Jules Verne et les deux restaurants sur la tour Eiffel  pour s’en inspirer pour celui de la tour Eiffel à Las Vegas. Bien des années après, nous en avons reparlé, il se souvenait qu’il était passé à la tour Eiffel de Paris et moi, je me souvenais très bien de Jean à cette époque. Se retrouver ici, sur la tour Eiffel à Las Vegas, c’était assez “rigolo.”

Est-ce que vous avez des produits de prédilection chez Mon Ami Gabi ?

Nous essayons dans la majeure partie des cas d’utiliser autant que possible les produits qui viennent de la côte ouest des Etats-Unis, l’endroit le plus proche de la production des fruits et légumes. Quelques produits viennent aussi d’un peu moins loin, près de Las Vegas, des productions que l’on appelle en anglais “hydro rolling.” Ce sont des cultures hors sol pour la plupart. Ce sont des fines herbes telles que le basilic, la ciboulette, etc… donc il y a plusieurs producteurs à Las Vegas qui sont en mesure de nous fournir en herbes aromatiques. Généralement, tout le monde pense que nous ne produisont rien à Las Vegas, juste du plaisir, du bonheur et des souvenirs. Ca c’est pour la petite histoire, cela semble un petit peu dérisoire d’avoir une industrie d’herbes aromatiques à Las Vegas mais ça existe et donc c’est assez rigolo pour le souligner.

En ce qui concernent le poisson et la viande ?

La majeure partie de la viande que nous utilisons vient de l’Illinois donc de la région de Chicago parce que la compagnie Lettuce Entertain You donc la compagnie mère de Mon Ami Gaby est basée à Chicago et dans l’Illinois. Il y a de la très bonne viande en production bovine dans le midwest américain comme on peut l’imaginer, de très bons produits. Après pour tout ce qui est du poisson, nous avons une truite au menu qui vient de la rivière de l’Idaho donc pas très loin du Nevada. Le saumon, lui, vient de l’Atlantique, au nord-est du Canada, au dessus de Prince Edouard Island. C’est là où nous nous fournissons en saumon et pour la plupart des autres produits. Tout ce qui est volaille et porc vient de Californie, (Santa Monica, Santa Barbara). Selon les saisons, par exemple, le halibut (Flétan) et autres poissons peuvent venir d’Alaska, les huîtres que nous avons en ce moment viennent de Vancouver donc limite Alaska et tout ce qui est produits laitiers vient de Californie.

Tout ceci (poissons, viandes, volailles)… c’est bien sûr réfrigéré dans les avions et puis ça arrive très rapidement sur Las Vegas ?

Oui, je passe ma commande à des producteurs  qui sont basés sur la région soit de Los Angeles où de la baie de San Francisco à 16 heures à Las Vegas et nous sommes livrés le lendemain matin à 6 heures. C’est un circuit très court.

Est-ce qu’il y a des produits qui viennent de France ?

Je dirai que oui évidemment parce que par fierté, tout ce qui est produits d’épicerie, (nos vinaigres, les moutardes, les cornichons), toutes ces choses-là viennent de France. Ce sont les produits avec lesquels nous sommes le plus confortable, nous avons un rapport plus étroit avec ces produits-là. nous les connaissons mieux. Je connais leurs propriétés, leurs parfums, leurs odeurs, leurs goûts, donc pour moi c’est logique de les utiliser et puis nous avons aussi des produits comme les lentilles que l’on fait venir au fil des saisons,  pour une carte d’hiver, elles viennent de France, du Puy. Evidemment de la même manière, nous avons des cocos de Paimpol, d’une manière presque logique nous n’essayons pas de trouver les produits de substitution. La fleur de sel, par exemple, c’est du sel de Guérande mais aujourd’hui presque partout sur la planète, chaque bistrot ou brasserie peut se fournir en sel de Guérande. Nous pouvons importer ou faire venir les produits et je dirais que maintenant en 2020, c’est presque aussi facile de trouver une bonne fleur de sel ou un bon chocolat pour faire une mousse au chocolat à Las Vegas, de la même manière que c’est facile de le trouver à Paris ou à Lyon.

 Même avec la crise sanitaire actuelle ?

Oui, parce que nous fonctionnons avec des produits qui sont déjà implantés et présents sur le marché américain, sur le marché international, mais particulièrement  aux Etats-Unis depuis très longtemps donc finalement tout ce qui est chocolat, par exemple, nous utilisons des chocolats qui viennent de France. Nous passons par des intermédiaires, des compagnies qui ont des stocks suffisamment importants ici. Nous utilisons du Coco Barry par exemple. Nous travaillons avec Valrhona donc c’est vraiment la référence en terme de produits chocolats. Tout ce qui est sirop de glucoses, ça vient de France également ainsi que les purées de fruits pour faire nos sorbets. Nous ne recherchons pas forcément à tout prix à avoir des produits français mais plus des produits qui nous sont singuliers et avec lesquels nous sommes confortables pour travailler.

Citez-nous un plat que vous aimez particulièrement préparer et un secret de chef ?

De but en blanc, je dirais que les plats que j’aime beaucoup préparer, ce sont des plats cuisinés ou, en tous les cas, des plats qui sont mijotés ou bien des plats qui sont braisés. Tout de suite ce qui me vient à l’esprit, je dirais peut-être le coq au vin. Cela me semble l’un des plats les plus emblématiques que nous servons quasiment toute la saison d’hiver ; nous l’avons sur la carte où nous l’offrons en “menu spécial” au fil des saisons.

Peut-on trouver  le coq-au-vin également en été ?

Non, c’est quand-même un plat d’hiver. L’hiver, il y a de très fortes chances que vous trouviez le bourguignon, la souris d’agneau avec soit des pâtes fraîches, soit une bonne purée de pommes de terre ou une polenta mais c’est vraiment les plats typiques des saisons d’automne et d’hiver. Cet été la carte a été changée, l’été on travaille des produits de saison, nous faisons une belle salade de tomates avec un fromage de feta qui vient de Corse, donc vous voyez des produits encore une fois français, une bonne “salade fromage” qui est absolument merveilleuse. Nous ofrons aussi un dos de saumon ou une belle darne de saumon avec une écrasée de petits pois. C’est vraiment printemps-été avec un petit beurre blanc légèrement citronné donc très léger, très simple finalement mais un plat qui rappelle un petit peu l’été. Toute les saisons printemps-étés, nous servons également une bonne ratatouille.

Coq au vin. Crédit Photo : Mon Ami Gabi

Et nos amis américains, que vont-ils vouloir manger par exemple à l’automne ?

Nous avons un poulet rôti grand-mère, ce qui est vraiment une recette indémodable et qui fait vraiment partie du répertoire classique de la cuisine française. C’est un poulet rôti sur l’os, rôti entier, dont nous désossons la carcasse. Puis, nous le présentons avec le blanc de le la poitrine du poulet rôti à souhait, juteux, magnifique, et de même avec la cuisse du poulet et le pilon bien rôti. Nous passons un petit peu d’ail et un petit peu de thym sous la peau lorsque l’on le rôtit. Il y a vraiment beaucoup de saveurs dans ce poulet. Nous le servons avec une très bonne purée de pommes de terre et du bon beurre ainsi que des petits lardons sautés accompagnés de champignons. C’est vraiment le plat d’automne par excellence. Les gens adorent.

Le poulet rôti grand-mère. Crédit Photo : Mon Ami Gabi

Cela va plaire beaucoup aux Américains car il n’y a pas que des Français qui viennent chez Mon Ami Gabi…

Non, non, chez Mon Ami Gabi, le plat de référence est le steak frites. Un steak frites avec un beurre maître d’hôtel donc ce qu’on appelle un beurre classique accompangné évidemment de persil et d’un petit peu d’échalotes. Le beurre est monté en pommade, nous le roulons et en faisons des petits rouleaux, des petits boudins, puis nous taillons un beau morceau de beurre que nous laissons fondre sur le steak qui sort de la grille, avec des frites croustillantes à souhait. Je dirais que c’est le plat le plus classique du restaurant, c’est le best seller comme on dit en anglais. 

Un secret de chef…

Un secret… je dirais peut-être nos frites parce que les frites c’est vraiment l’ingrédient le plus mythique du restaurant et alors je peux vous le dire ce sont des pommes de terre fraîches. Nos frites sont faites maison, nous les taillons sur une mandoline à la main, nous n’utilisons pas de machine, elles sont lavées dans des bassines d’eau pour retirer l’amidon, cela fait partie du secret. Nous retirons au maximum l’amidon de la pomme de terre en les lavant, en les brassant plusieurs fois  et ensuite nous les cuisons, nous les blanchissons, elles sont donc précuites dans un bain d’huile une première fois de façon à ce que les pommes de terre soient fondantes et au moment où votre steak est quasiment cuit et sort de la grille,  on plonge les frites de nouveau dans la friteuse dans une huile très chaude pendant quelques secondes vraiment très très vite en les remuant énergiquement. Nous les sortons de la friteuse, nous les assaisonnons avec du sel “La Baleine,” un sel fin qui est iodé à souhait. Nous n’allons pas faire de publicité mais c’est du bon sel de chez nous. Saupoudré sur l’assiette de frites, c’est délicieux et ça je pense que c’est probablement le plus grand secret que nous ayons.

Alors maintenant une question un peu difficile peut-être pour vous, on va faire court, deux chefs français de cuisines qui sont une référence pour vous ? On se limite à deux.

C’est la question vraiment la plus dure j’allais dire, parce qu’ il y en a tellement. J’allais dire, les personnes avec qui j’ai travaillées déjà évidemment. Dans l’absolu et dans ma carrière, le chef qui représente le point d’ancrage de ce que l’on fait au quotidien, c’est Paul Bocuse, il n’y a même pas besoin de tourner autour du pot, c’est vraiment la figure la plus présente pour un cuisinier comme moi qui a une carrière assez classique finalement. Après, parce que ça fait quand même vingt ans que je suis à Las Vegas, je suis vraiment obligé de dire qu’il y a vraiment deux autres personnes, deux chefs à égalité puisque j’ai travaillé pendant de très nombreuses années avec un chef américain qui est très connu et reconnu, l’iconique Charlie Palmer. Les Américains généralement me demandent : “quel est votre “mentor ?” ; “quelle est la personne en cuisine qui vous a vraiment le plus marqué, influencé, touché etc…?” Encore une fois, c’est Charlie parce que j’ai travaillé avec lui pendant de nombreuses années c’est-à-dire 13 ans dans ses cuisines. L’autre chefs avec qui j’ai aussi eu la chance et le bonheur de travailler était Daniel Boulud, un autre Français qui représente pour moi la carrière la plus aboutie finalement pour un chef français aux Etats-Unis. Quelqu’un comme Daniel Boulud qui a vraiment marqué les standards de la cuisine française aux Etats-Unis. Travailler pour quelqu’un comme Daniel, ça a été pour moi, très important. C’est quelque chose dont je ne pourrais jamais me dissocier, la précision, l’expertise, la technique, les standards que quelqu’un comme Daniel Boulud représentent. Il influence toutes les personnes qui ont travaillé pour lui, il vous pousse à la recherche du Graal, de la perfection, sachant que ce n’est évidemment pas possible d’avoir quelque chose de parfait. Daniel Boulud, pour moi, c’est vraiment la référence aux Etats-Unis. Il m’a permis de m’auto-évaluer par rapport à ce que j’ai fait toutes les années précédentes et à un moment où je suis arrivé dans une de ses cuisines avec énormément d’humilité et de remises en question, finalement c’était un boost.

Il vous a permis de pousser vos limites en quelque sorte ?

Exactement, cela m’a permis de prendre une autre dimension. Donc je pense que ce sont vraiment ces personnes qui m’ont le plus marqué et influencé et bien évidemment à côté de cela, il y en a des milliers que j’aurais pu citer.

Quel est votre état d’esprit depuis la pandémie ? 

Je dirais que dans cette tragédie planétaire, c’est vraiment une épreuve que l’on traverse tous les uns les autres, une crise sans précédent mettant sous pression chacun de nous. Nous sommes la première génération à avoir vraiment traversé un tel cataclysme au niveau mondial. Nous avons la chance de pouvoir continuer à exercer finalement. et  à cuisiner tous les jours sachant que le restaurant est ouvert à 35% de capacité, sachant qu’on est dans une ville à Las Vegas où l’activité a quand même .repris, même si ce n’est pas évidemment du tout le même niveau d’activité qu’on avait avant la Covid-19. 

Mon premier sentiment a été d’avoir eu la chance. Je remercie énormément la compagnie Lettuce Entertain You et les personnes pour qui je travaille, Richard Melman, le fondateur et le créateur de cette compagnie mais également le “leadership” de la compagnie, notre président, R.J. Melman, qui est le fils de Richard. Je pense qu’ils ont su vraiment négocier ce virage très très délicat dû à la Covid-19. En se rappelant de la fermeture du restaurant et de l’hôtel, et tout ce qui nous est arrivé depuis quelques mois, nous sommes restés sereins donc déjà cela est énorme parce que çà nous permet de pouvoir vraiment engager avec le personnel ici à notre niveau et essayer d’avoir un message de réconfort et de support.

Accueillir les client comme il faut…

Tout a été fait de façon à ce que le personnel puisse être confortable et avoir un niveau de confiance finalement dans ce que l’on fait et donc évidemment cela se ressent auprès de nos clients, ils le voient. Les choses sont faites de façon très professionnelle, la distanciation sociale et les gestes barrières, le protocol sanitaire qu’il a fallu appliquer au restaurant, ce n’est pas négociable. Il fallait que ce soit mis en place à un niveau le plus haut possible, même au-dessus de ce que les autorités nous ont demandé, de façon à ce que la clientèle continue de venir en confiance.

Crédit Photo : Mon Ami Gabi

J’ai vu que la terrasse est ouverte ainsi que la salle à manger principale, en revanche les salles intérieures ne le sont pas encore parce qu’il faut aussi suivre les 35% de capacité et finalement c’est très agréable de se retrouver dans une salle très éclairée avec un plafond très haut, on se sent bien et avec les fenêtres il y a beaucoup de clarté, on se sent vraiment en confiance pour venir déjeuner ou diner.

Je suis ravi de vous l’entendre dire parce que c’est un petit peu ce que l’on recherche finalement. Merci infiniment parce que c’est le Graal, le but essentiel est que nos clients continuent de venir. Nous sommes un restaurant établi depuis 21 ans maintenant, nous avons une clientèle locale de Las Vegas qui vient nous rendre visite une ou deux fois par semaine mais nous avons aussi énormément  de touristes qui viennent de la Californie pour le week-end. Nous avons des produits qui sont toujours égaux à eux-mêmes, d’extrême qualité, cuisinés avec passion et bienveillance. J’espère que cela se ressent tout simplement dans les assiettes.

Crédit Photo : Mon Ami Gabi

Cela se ressent dans les assiettes, cela se ressent auprès du personnel et cela se ressent chez vous…

Oui, c’est à nous les leaders d’engager tout le monde sur ce même parcours sur la même destination. Pour nous, nous attendons le retour à la normale, évidemment c’est un gros point d’interrogation, personne n’en n’a vraiment la moindre idée, nous espèrons simplement que les choses vont s’améliorer dans les mois qui viennent, que les restrictions de voyages soient levées et que nous puissions retrouver notre clientèle internationale. Nous les attendons vraiment avec beaucoup d’impatience parce que le business en ce moment, c’est plus un business intérieur, ce sont des gens qui viennent des Etats-Unis ou des états voisins, mais nous avons hâte de retrouver aussi nos confrères de France qui viennent en promenade sur la côte ouest et visiter Las Vegas.

Dernière question, pouvons-nous commander des plats à emporter ?

Oui, bien sûr, cela a toujours été disponible. Nous avons toujours eu une disponibilité au niveau des plats à emporter. Généralement la commande est passée par téléphone, le réceptionniste prend la commande qui est transmise à la cuisine, les plats préparés sont donc mis dans des boîtes à emporter et selon ce qui a été décidé avec le client, soit il revient les chercher à l’accueil du restaurant où sont les hôtesses, ou bien c’est par une formule de “grab hub,” toutes ces plates-formes à emporter qui sont aussi disponibles.

Cet article a été traduit en anglais par John Wilmot. 


About the Author

est originaire de Versailles. Elle a toujours voulu découvrir le monde, ce qu'elle a fait à partir de 17 ans lorsqu'elle a eu la chance d'étudier à l'étranger à Rhonda, en Espagne. Elle a parcouru le monde de Hong Kong à Taiwan, de l'Irlande à l'Autriche, en passant par le Luxembourg, le Liechtenstein et Monaco, et a découvert l'ensemble des pays de l'Italie et du Maroc. Elle se sent réellement citoyenne du monde. Elle s'est enfin installée plusieurs années à Los Angeles où elle a travaillé au Consulat de France à Los Angeles. Passionnée par les arts et l'histoire, elle a obtenu une Licence en histoire de l'Université de Californie à Berkeley et a étudié un programme de maîtrise en éducation à l'Université de Californie du Sud. Elle a enseigné le français à UNLV et CSN au Nevada. Elle est la fondatrice et la rédactrice en chef du French Quarter Magazine, dans lequel elle écrit, interviewe des personnes dans des domaines très variés, propose des idées d'écriture aux écrivains et aux journalistes, prend des photos et écrit actuellement son premier livre traduit sur la vie de Coco Chanel qui est remplie d'aventures, d'intrigues, d'histoire et d'amour.



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