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Published on novembre 4th, 2021 | by Isabelle Karamooz, Founder of FQM

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Interview – James Essinger / The Conrad Press

Que serait un bon auteur sans un bon éditeur ? Depuis 2015, The Conrad Press est bien connu pour son large éventail de genres, de fiction aux romans de non-fiction de toutes sortes, y compris, mais sans s’y limiter, des mémoires et des biographies. Ils publient également des recueils de poésie, des livres pour enfants et jeunes adultes, des pièces de théâtre et des scénarios. Ils sont situés au Royaume-Uni. Cette maison d’édition indépendante à la croissance rapide compte aujourd’hui plus de 250 écrivains.

The Conrad Press est très heureux de publier des traducteurs anglais de livres écrits à l’origine en français (ou dans toute autre langue). Ils peuvent fournir un traducteur.

Quelle meilleure façon de découvrir ce monde merveilleux de l’édition que de discuter avec James Essinger, le fondateur et directeur gérant, qui peut être contacté à jamesessinger@theconradpress.com ou au +44 7831 259889 ou 07831 259889.

Nous tenons à lui adresser un grand merci pour nous avoir parlé de son métier avec autant de passion !

www.theconradpress.com

Pouvez-vous présenter votre maison d’édition à nos lecteurs ?

Le grand écrivain Anglo-Polonais Joseph Conrad a inspiré le nom de Conrad Press. Conrad a vécu de 1857 à 1924, et a écrit de nombreux romans, tous brillants, parmi lesquels Nostromo (1904) et Lord Jim (1900) et aussi sa célèbre nouvelle – ou court roman, Au Cœur des Ténèbres (1899). Conrad a vécu les dernières années de sa vie près de Canterbury, dans le sud-est de l’Angleterre et est enterré dans son cimetière catholique. Canterbury est mon lieu de résidence aujourd’hui. J’y ai emménagé en 1986.

Conrad Press est une vigoureuse et honorable maison d’édition, qui pourvoit aux besoins de ses auteurs dans la plus grande transparence. Je l’ai créée en décembre 2015 avec deux écrivains. Nous en avons à présent 255. C’est une maison indépendante qui publie une grande diversité de genres.

Nous demandons une contribution modeste à nos auteurs. Pour un livre de moins de 90 000 mots, le tarif réduit est de £895 ; c’est £995 si les gens travaillent, même si, en pratique, nous offrons le tarif réduit la plupart du temps. Nous demandons £200 de plus si le nombre de mots est entre 90 000 et 125 000, et £200 supplémentaires entre 125000 et 250 000 mots. Après ça, le taux augmente légèrement pour un livre plus long. Cette augmentation est seulement due au fait qu’un livre plus long requiert plus de travail éditorial et je dois aussi payer davantage pour la typographie. A partir des £895 d’un livre de moins de 90 000 mots, je dois payer £ 697 pour le travail artistique de la couverture, la typographie et le numéro ISBN (c’est à dire l’International Standard Book Standard Number). Donc nous maintenons nos marges de bénéfices à un niveau relativement bas.

Nos auteurs touchent 100% de droits d’auteurs jusqu’à ce que leur contribution de départ soit remboursée. Ensuite, c’est un partage 50/50 entre l’auteur et Press Conrad. Les auteurs conservent tous les droits de leurs livres, et si vous avez un contrat pour votre livre avec Hollywood, ou une traduction ou une sérialisation, ou un audiobook, c’est 70/30 en faveur de l’auteur. Dans le climat actuel, Conrad Press est un très bon choix pour commencer sa carrière d’écrivain. Nous publions des livres au Royaume Uni et en Irlande, et des éditions digitales également aux Etats Unis et dans de nombreux autres pays anglophones.

Quel genre de travail intervient pour publier un livre ? Pouvez-vous nous décrire la journée habituelle dans une maison d’édition ?

Je ne crois pas que ça existe, une journée habituelle dans l’édition! Quoique je prévois pour ma journée de travail, il y a toujours de l’inattendu et mes projets doivent changer, bien que je sois très motivé et déterminé et que je m’assure toujours que le travail que j’ai prévu soit fait en temps voulu, à moins qu’il y ait une urgence à laquelle je dois me consacrer, ce qui est parfois le cas.

Je dirige l’entreprise avec fluidité et sans oublier aucun détail. La première étape est l’évaluation d’un livre et si je veux faire une offre (parfois sous condition que certains changements éditoriaux aient lieu, en général au niveau de la ponctuation et de l’orthographe ; nous ne voulons pas changer le style d’un écrivain) alors je fais une offre et je préviens l’auteur du mois de la publication, qui aura lieu dans les 4 mois à compter du moment où l’offre a été faite.

Dans le mois qui précède la publication, nous passons par une étape que nous appelons Qualité Assurance, puis le livre arrive entre les mains de nos deux équipes artistiques (une designer indépendante appelée Charlotte Mouncey avec laquelle je travaille depuis la création de l’entreprise, et aussi une équipe composée d’un mari et de sa femme, qui s’appellent Rachael et Nat Ravenlock, avec lesquels je travaille depuis début 2020) donc nous avons deux équipes.

Je passe beaucoup de mon temps à passer en revue les manuscrits proposés, à parler avec notre imprimeur, qui est Clays, le plus gros imprimeur du pays et qui dirige aussi notre système de distribution, je suis aussi en contact avec notre agrégateur de livres digitaux, c’est à dire une organisation qui met les livres digitaux sur internet, et s’appelle le Partenariat du livre. Même si nous apprécions de publier des livres digitaux, la plupart de nos livres sont imprimés. Nous avons en général une première édition de 300 exemplaires. Les auteurs paient pour cette publication et ils paient aussi Clays pour les éditions digitales.  Je ne prends aucune commission sur les frais d’imprimerie pour éviter les conflits d’intérêts.

Pour vous donner une idée, 300 exemplaires d’un livre de 80 000 mots coutent à peu près £550 à imprimer, et le système de distribution de nos livres, qui coûtent £9.99 en librairie, donne à l’auteur £4,40 par livre, alors l’auteur dégage un bon profit avec cette édition sur papier.

C’est très important qu’il soit clair que nous ne sommes pas une édition à compte d’auteur. Nous sommes un éditeur international et nous prenons toute la responsabilité de la publication du travail de nos clients.

En fait, nous sommes meilleurs que la plupart des éditeurs parce que, entre autres choses, nous communiquons bien mieux avec nos écrivains. Nous avons une communauté d’auteurs de premier plan à laquelle nos écrivains apprécient d’appartenir et nous avons toutes sortes de contacts avec Hollywood dont nous pouvons leur faire profiter. Nous proposons un contrat bien plus profitable que la plupart des éditeurs, et j’en sais quelque chose parce que, étant moi-même un écrivain professionnel, j’ai plusieurs éditeurs qui publient mon travail au Royaume Uni et aux Etats Unis, et aucun d’entre eux ne propose le genre de service que Conrad Press offre.

Crédit Photo : Pixabay

Pouvez- vous expliquer la différence entre un éditeur et un Bureau de Presse ?

Un éditeur existe pour publier des projets créatifs et, dans la plupart des cas, ce sont des livres, bien qu’il puisse s’agir bien sûr de musique ou d’œuvres d’art. Pour nous, ce sont les livres, et comme je le disais, nous avons une très grande diversité de genres de livres que nous sommes heureux de publier.

Un bureau de presse est complètement différent ; c’est simplement un service qui rend certains événements publics. Les organisateurs veulent de la publicité et ils paient le Bureau de presse pour ça. Parfois, les Bureaux de presse appartiennent à de larges organisations et ils ne s’occupent que de ces organisations. C’est à la base un service de publicité et très différent d’un éditeur, même si, en tant qu’éditeur, nous faisons largement parler de nos livres.

Comment définiriez-vous la ligne éditoriale de la Conrad Press ?

Nous n’avons pas de ligne éditoriale à laquelle les écrivains devraient adhérer pour être publiés. Je n’en vois pas la nécessité. Mon travail est d’aider à libérer les talents des écrivains et leur donner une chance à avoir une carrière littéraire. Cela dit, je ne vais pas publier de livres porteurs d’opinions asociales que personne de rationnel ne pourrait accepter. De fait, nous ne recevons pas beaucoup de propositions de ce genre. La plupart des gens qui prennent la peine d’écrire un livre honnête ont tendance à être plutôt raisonnables dans leur perspective sur la vie, ce qui est une des raisons pour lesquelles j’aime travailler avec les écrivains.

Quels sont vos critères pour choisir les manuscrits que vous publiez ? Comment la décision de publier quelque chose est-elle finalement prise ?

He bien, c’est moi qui prends la décision, puisque je suis l’éditeur et le directeur gérant de Conrad Press Limited. Au fait, nous sommes à présent une société de capitaux.

J’ai tendance à accepter des livres qui sont vivants, vigoureux et intéressants. Ça ne veut pas dire que j’adhère à tout ce que le livre contient. De fait, un éditeur qui ferait ça ne pourrait pas être un bon éditeur. Mettre ses convictions en retrait et respecter la diversité du monde est l’une des choses les plus excitantes qui soit. Par exemple, je suis hétérosexuel mais je suis très fier de notre liste de publications LGBT. Beaucoup d’écrivains gays de grand talent écrivent pour nous et créent des travaux splendides. La personne qui est numéro 2 de notre compagnie, une dame pleine de talents appelée Karla Harris, est elle-même gay. A peu près tout m’intéresse et je trouve très rarement un sujet de culture qui ne me touche pas du tout. Mais là encore, mon opinion personnelle n’est pas aussi importante que mon désir de libérer les écrivains pour qu’ils accomplissent tout ce dont ils sont capables dans leurs livres.

Au bout du compte, je publie des livres que je trouve intéressants. C’est ce que tout éditeur digne de ce nom devait faire.

En ce qui vous concerne, combien de manuscrits lisez-vous par an ?


A peu près 200.

Dans quelle mesure votre maison d’édition est-elle impliquée avec les productions digitales ?

Nous la considérons comme une option importante pour la publication, bien que je dise toujours aux écrivains que, idéalement, ils devraient publier leurs livres en version digitale et aussi sur papier. Mais comme je l’ai dit, nous publions des livres seulement en mode digital. Parfois, les écrivains ne veulent pas investir l’argent d’une édition papier, et je comprends ça. Parce que j’ai choisi délibérément de ne pas recevoir de commission sur les frais d’impression d’un livre sur papier, je n’ai pas de conflit d’intérêt et je suis heureux de publier un livre seulement en édition digitale si c’est ce que son auteur veut. Mais la plupart des écrivains, et on les comprend, aiment voir leur livre comme un objet qu’on peut avoir en main, et je saisis ça. Moi-même, j’aime beaucoup la sensation physique d’avoir un livre en main. Je pense que ceux qui disent que les éditions papier sont en déclin se trompent. Clays, notre imprimeur, qui est aussi l’imprimeur des livres Harry Potter, imprime 500 000 livres chaque jour, ce qui montre clairement que les livres papier ne sont pas moribonds, mais en très bonne santé.

Nous ne publions pas de livres papier aux Etats Unis. Ceci dit, ce qui se passe pour la plupart de nos livres digitaux, c’est qu’une fois qu’ils apparaissent sur amazon.com, les marchands de livres d’occasion sur internet ont des exemplaires de livres sur papier qu’ils proposent aux Etats Unis, et ils les mettent en vente sur amazon.com. Alors, de cette façon, nous avons aussi une distribution aux Etats Unis. Et tous nos livres sont disponibles sur le site web de Conrad Press,

www.theconradpress.com

Avec la pandémie actuelle, comment le marché du livre s’est-il comporté depuis l’an dernier ? Comment voyez-vous l’avenir de la profession ?

La pandémie a, d’une certaine façon, eu un effet négatif sur les ventes de livres, parce que, bien évidemment, les librairies étaient fermées et tout le monde ne veut pas acheter de livres digitaux pour les lire sur Kindle, moi y compris. Je lis des livres qui nous sont soumis sur mon ordinateur mais je n’ai pas de Kindle, même si je comprends pourquoi les gens en écrivent (ma mère Mary, qui est morte en avril 2020 à l’âge de 87 ans, adorait son Kindle). Mais l’effet de la pandémie sur les ventes de livres n’a pas été catastrophique, et pour nous, en tant qu’éditeurs, le nombre des propositions que nous avons reçues a augmenté de façon significative ; de fait, ce nombre a triplé pendant la pandémie parce que les gens étaient chez eux et se sont mis enfin à écrire le livre qu’ils voulaient écrire depuis des années… Ce nombre n’a pas baissé depuis la fin du confinement, en tout cas au Royaume Uni. Je suppose que l’enthousiasme des écrivains à écrire n’a pas fléchi depuis que le confinement l’a libéré !

Comment voyez-vous le futur de cette profession ?

Je pense que les livres sont encore plus importants aujourd’hui qu’ils ne l’ont jamais été. Les livres sont peu chers, excellent rapport qualité-prix, et à peu près le seul secteur de culture de masse qui n’est pas, ou très peu, soumis à une censure officielle.

En ce qui concerne les auteurs de nos jours, il est possible de se publier soi-même de nombreuses façons, mais je crois que c’est un choix malheureux parce que ce n’est pas vraiment publier, en particulier quand les livres sont imprimés au fur et à mesure qu’ils sont achetés, ce n’est pas une vraie publication. La Conrad Press a une politique saine pour aider les auteurs à commencer leur carrière et leur donne beaucoup d’aide pour le faire.

Les éditeurs “traditionnels” offrent, au moins en théorie, un modèle de contrat où ils offrent une avance pour de très rares livres provenant d’auteurs nouveaux. En fait, le niveau d’acceptation est quelque chose comme un sur 2000.

Beaucoup d’écrivains qui viennent à Conrad Press ont écrit des livres qui sont absolument merveilleux et qui auraient été acceptés en un instant par l’industrie de l’édition au bon vieux temps, quand cette industrie n’était pas si frileuse. Mais de nos jours, elle est frileuse, et à la base, ne veut publier que des auteurs qui sont déjà célèbres (et ils profitent donc de tout le travail que l’écrivain a fourni pour lancer sa carrière) ou qui sont célèbres dans d’autres domaines, la télévision par exemple. Si vous allez dans n’importe quelle librairie, en tout cas au Royaume Uni et aussi probablement aux Etats Unis, vous trouverez plein de nouveaux romans qui sont en fait écrits par des gens qui sont célèbres par ailleurs et qui ne sont pas du tout des écrivains. Les éditeurs les plus traditionnels aujourd’hui sont plus préoccupés par le fait que leurs auteurs aient un nom connu du grand public que par la qualité réelle du livre !

A propos, de nombreux livres qui sont célèbres ne sont même pas écrits par leurs auteurs de toute façon ; à peu près vingt pourcents des livres sur la liste des Best Sellers du New York Times sont écrits par des nègres. 

A votre avis, quelle place et rôle ont les magazines digitaux et les blogs par rapport aux médias traditionnels ?

Je pense qu’ils sont très importants et leur futur est assuré. Les magazines sur papier sont de plus en plus chers à produire et beaucoup de gens préfèrent trouver leur information sur internet de nos jours, moi compris. Je ne pense pas que les magazines disparaissent complètement, mais je dirais que, certainement, les magazines digitaux et les blogs sont le futur de l’édition et de la dissémination de la culture de nos jours.

Pouvez-vous nous parler de vos dernières publications ?

Toutes nos publications sont disponibles sur le site web de Conrad Press et je ne veux pas vraiment en distinguer certains parmi d’autres. Mais c’est un fait que l’un des écrivains que je suis le plus fier de publier est le très talentueux scénariste d’Hollywood William Osborne, qui a coécrit le film blockbuster “Twins” (1986) et beaucoup d’autres films, et qui est aussi un de mes amis. Il a publié trois de ses livres pour jeunes adultes – qu’il avait initialement publiés chez un éditeur “traditionnel” – avec nous, et aussi je veux mentionner Reg Race, Membre du Parlement aujourd’hui à la retraite, qui a publié récemment une merveilleuse autobiographie qui est aussi une réflexion politique appelée “Adieu à la Classe Ouvrière”, un livre que j’aime beaucoup, avec des photos merveilleuses et une écriture pleine de conviction et de verve.

Cet article a été traduit en français par Anne-Cécile Baer Porter


About the Author

est originaire de Versailles. Elle a toujours voulu découvrir le monde, ce qu'elle a fait à partir de 17 ans lorsqu'elle a eu la chance d'étudier à l'étranger à Rhonda, en Espagne. Elle a parcouru le monde de Hong Kong à Taiwan, de l'Irlande à l'Autriche, en passant par le Luxembourg, le Liechtenstein et Monaco, et a découvert l'ensemble des pays de l'Italie et du Maroc. Elle se sent réellement citoyenne du monde. Elle s'est enfin installée plusieurs années à Los Angeles où elle a travaillé au Consulat de France à Los Angeles. Passionnée par les arts et l'histoire, elle a obtenu une Licence en histoire de l'Université de Californie à Berkeley et a étudié un programme de maîtrise en éducation à l'Université de Californie du Sud. Elle a enseigné le français à UNLV et CSN au Nevada. Elle est la fondatrice et la rédactrice en chef du French Quarter Magazine, dans lequel elle écrit, interviewe des personnes dans des domaines très variés, propose des idées d'écriture aux écrivains et aux journalistes, prend des photos et écrit actuellement son premier livre traduit sur la vie de Coco Chanel qui est remplie d'aventures, d'intrigues, d'histoire et d'amour.



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