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Published on novembre 4th, 2021 | by Isabelle Karamooz, Founder of FQM

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Entretien avec Sophie FENOLL, Gérante & Fondatrice de Body Delice et Maître Savonnier

Depuis combien de temps fabriquez-vous du savon et comment avez-vous commencé ?

J’ai commencé à faire mes propres cosmétiques il y a environ 10 ans. J’étais alors très soucieuse des ingrédients listés dans les cosmétiques que j’utilisais, et je voulais également diminuer ma consommation de plastique. Faire mes propres cosmétiques s’est alors imposé à moi naturellement et c’est ainsi que j’ai commencé à faire des shampoings, déodorants, beurres corporels, dentifrices et autres lotions. C’était amusant et également instructif ! J’ai appris beaucoup de choses en aromathérapie et phytothérapie. Les savons étaient les seuls produits que je continuais à acheter car la savonnerie est plus affaire de chimie que de simple mélange d’huiles et de beurres. J’ai donc décidé de suivre un cours en saponification à froid, avec un maitre savonnier à Die, en France, et voilà comment j’ai découvert l’art de la savonnerie traditionnelle. Ce hobby n’est ensuite devenu qu’un réel business il y a deux ans, lorsque nous avons emménagé en Californie avec mon mari.

www.bodydelice.com

Comment décririez-vous votre style de fabrication de savon ?

Mon style de savon est très « Nature. » J’aime la matière brute, et utiliser ses propriétés naturelles. Je travaille par exemple avec le miel, la poudre d’amandes, du lait, des pétales de fleurs, du charbon actif, des argiles ou même du marc de café. Ces ingrédients ont chacun leur raison d’être, et efficacement combinés, ils peuvent avoir des effets saisissants. Par exemple, le charbon actif est un puissant détoxifiant et est particulièrement recommandé pour les peaux grasses.

Tous mes savons sont surgras, ce qui permet de nourrir et d’hydrater efficacement la peau.

Dans le monde d’aujourd’hui, où nous sommes de plus en plus déconnectés de la nature qui nous donne tant, je trouve beau et même poétique de revenir aux matières brutes et naturelles pour prendre soin de sa peau. N’oublions pas que la peau est le plus grand organe du corps humain.

Où trouvez-vous l’inspiration pour le savon que vous fabriquez ?

Deux piliers guident mes choix stylistiques : les matières brutes, et mon beau pays d’origine, si diversifié, la France ! Certains de mes savons peuvent être très épurés, d’autres auront des finitions beaucoup plus travaillées. Cela dépend complètement de mon humeur et de mon inspiration. Exceptés pour mes best-sellers toujours disponibles sur ma boutique, je renouvelle souvent ma collection tout simplement parce que j’aime expérimenter de nouvelles choses et imaginer de nouveaux savons en fonction des saisons, des fragrances, des matières utilisées… La lavande (fleurs et fragrance) a une place spéciale dans mon cœur, car cela me rappelle évidemment la Provence. Et puis j’ai également créé des savons-macarons. Attention à ne pas les manger, on y croirait !

Quels sont vos meilleurs vendeurs ?

Justement, les savons-macarons sont mon best-seller ! Ils sont disponibles soit individuellement enveloppés dans du papier de soie, soit dans une boite de six macarons. Je reçois aussi beaucoup de demandes pour des macarons personnalisés pour des mariages, enterrements de vie de jeune fille ou baby showers. Ce sont de petits cadeaux parfaits pour toutes sortes d’occasions. Et pour Noel, j’ai créé une édition limitée inspirée des boites de chocolat de Noel ! En plus de la classique boite de macaron aux couleurs arc-en-ciel, vous trouverez sur ma boutique Etsy une boite de savons-macarons aux senteurs sucrées et gourmandes (chocolat blanc, fraises confites, fudge chocolat-café, thé blanc à la rose, Oreo cookie, et suprême de Cannelle).

Quelle est la différence entre le savon de procédé à chaud et le savon de procédé à froid ?

Un savon saponifié à froid est un savon artisanal dont le procédé de production est dit « à froid, » contrairement aux savons industriels dont le procédé de production est « à chaud.»

Concrètement, on obtient du savon en mélangeant une base d’huiles avec une solution aqueuse d’hydroxyde de sodium. La réaction chimique qui en découle s’appelle la « saponification ». Or dans le cas des savons industriels, le mélange est chauffé jusqu’à 120°C car la chaleur accélère la réaction chimique et permet d’obtenir un savon utilisable immédiatement car cuit et donc très dur. Le problème avec ce procédé c’est que non seulement les huiles utilisées sont altérées par la chaleur et elles perdent ainsi leurs bénéfices pour la peau, mais en plus, la glycérine (émollient naturellement créé lors du process de saponification qui est particulièrement nourrissant pour la peau) est retirée de la pâte à savon car elle bloque les machines lors de la production. Elle est ensuite vendue séparément pour car ses propriétés hydratantes sont très prisées.

Vous l’aurez donc compris, un savon saponifié à froid garde tous les bénéfices des huiles utilisées ainsi que la glycérine naturellement produite lors de la réaction chimique. On obtient donc un produit de haute qualité, particulièrement nourrissant et hydratant pour la peau. Mais comme tout produit artisanal, ce procédé de fabrication demande temps et patience. Les huiles sont mélangées avec la solution aqueuse d’hydroxyde de sodium jusqu’à obtenir une consistance de crème anglaise. Ensuite, on place la pâte à savon dans des moules pour 24 à 48h le temps que la réaction se poursuive et que le savon durcisse. On peut ensuite démouler les savons, les couper, et les laisser sécher pour un minimum de 4 semaines. Ce procédé de fabrication artisanal est donc plus long mais est gage de qualité.  

Qu’en est-il du produit/de l’invention dont vous êtes le plus fier ?

Je suis particulièrement fière de mes shampoings solides. J’ai arrêté d’utiliser des shampoings liquides il y a maintenant plusieurs années. Utiliser un shampoing solide est donc normal pour moi. Pourtant, je suis toujours étonnée de constater que beaucoup de gens ne savent pas que cela existe. Or un shampoing solide présente de nombreux avantages par rapport aux shampoings liquides. Tout d’abord, il est économique (une seule barre permet une moyenne de 50 lavages), sans plastique (finis les emballages plastiques à jeter), zero-waste (composition et packaging 100% biodégradables), écologique (sans danger pour l’environnement), pratique pour voyager (compact et sans fuite), cruelty-free, naturel, et enrichi en poudres ayurvédiques (poudres naturelles connues pour leurs incroyables vertus capillaires). Et en plus de tout cela, mes shampoings solides sont garantis sans sulfates ! Cela me tenait particulièrement à cœur car j’ai malheureusement pu constater que le greenwashing existe aussi dans le zero-waste… Or zero-waste ne veut pas automatiquement dire écologique ! Et c’est bien là le problème avec les shampoings solides que vous trouvez dans le commerce, ils sont en général fabriqués avec un tensioactif sulfaté. Or les sulfates sont connus pour être très agressifs pour la peau, absolument pas biodégradables, toxiques pour la vie aquatique et ils peuvent même causer des cancers avec le temps. Rien de bien écologique n’est-ce pas ?

Que faites-vous d’autre pour être éco-responsable ?

Tout d’abord, je fais mon possible pour acheter mes ingrédients localement, et je fais très attention à leur composition. De cette manière je peux garantir que mes produits ne contiennent pas de parabènes, sulfates, phtalates, perturbateurs endocriniens, BHA ou silicone. En plus d’être nocives pour la santé, ces toxines sont un véritable désastre pour l’environnement car lorsque vous utilisez votre savon ou shampoing, elles se trouvent dans vos eaux usées et peuvent donc contaminer les nappes phréatiques, les sols, et endommager des écosystèmes. Avoir une composition propre est donc important pour moi car c’est la garantie de produits biodégradables et donc sans danger pour l’environnement.

Par ailleurs, je n’utilise pas d’huile de palme dans mes recettes car sa production est un véritable scandale écologique (même celle certifiée écologiquement responsable) – déforestation, destruction d’espèces animales, utilisation de produits toxiques…

Mes packagings sont aussi eco-friendly. J’utilise par exemple des jarres en verre, du papier de soie et des stickers compostables, des boites en métal réutilisables, ou en kraft, et je travaille actuellement sur un nouvel emballage pour mes savons qui sera fait avec du papier ensemencé (papier à planter qui contient des graines) tamponné avec une encre base soja. Mes cartes de visites sont également imprimées sur du papier recyclé et je réutilise pour les commandes clients le papier carton, bulles ou pastilles de polystyrène de mes propres commandes fournisseurs.

J’ai aussi fait créer un partenariat avec 1 Oz Coffee, à Mountain View, California, pour upcycler leur marc de café et le transformer en savon qui est ensuite exclusivement vendu dans leur café !

Je suis sûre que je peux encore faire mieux et améliorer des choses au niveau de mon procédé de production, mais je fais du mieux que je peux à mon niveau pour aider l’environnement.

Quelle est votre astuce numéro un en matière de fabrication de savon ?

Soyez créatifs et testez différentes recettes, designs et fragrances ! Pour gagner en confiance et en compétence il faut pratiquer alors voilà mon conseil : « pratiquez, pratiquez, pratiquez !

Dites-nous quelque chose que personne ne sait sur vous.

Derrière l’image de créatrice d’entreprise et de jeune maman, j’ai toujours mon âme d’enfant. Par exemple, je dors toujours avec un ours en peluche ! J’ai aussi lu l’intégralité des livres d’Harry Potter plusieurs fois (mais la véritable prouesse a été de réussir à initier mon mari qui a 35 ans !).


About the Author

est originaire de Versailles. Elle a toujours voulu découvrir le monde, ce qu'elle a fait à partir de 17 ans lorsqu'elle a eu la chance d'étudier à l'étranger à Rhonda, en Espagne. Elle a parcouru le monde de Hong Kong à Taiwan, de l'Irlande à l'Autriche, en passant par le Luxembourg, le Liechtenstein et Monaco, et a découvert l'ensemble des pays de l'Italie et du Maroc. Elle se sent réellement citoyenne du monde. Elle s'est enfin installée plusieurs années à Los Angeles où elle a travaillé au Consulat de France à Los Angeles. Passionnée par les arts et l'histoire, elle a obtenu une Licence en histoire de l'Université de Californie à Berkeley et a étudié un programme de maîtrise en éducation à l'Université de Californie du Sud. Elle a enseigné le français à UNLV et CSN au Nevada. Elle est la fondatrice et la rédactrice en chef du French Quarter Magazine, dans lequel elle écrit, interviewe des personnes dans des domaines très variés, propose des idées d'écriture aux écrivains et aux journalistes, prend des photos et écrit actuellement son premier livre traduit sur la vie de Coco Chanel qui est remplie d'aventures, d'intrigues, d'histoire et d'amour.



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